Ateliers

La série comprend cinq ateliers liés d’un point de vue thématique et auxquels participent des jeunes chercheur.e.s et des scientifiques confirmé.e.s venant d’Allemagne, de France et du Luxembourg. Les ateliers se focalisent respectivement sur un aspect d’analyse spécifique des Border Complexities et sont sensés développer une tendance encore peu perçue en étude des frontières.

Les ateliers auront lieu de 2019 à 2021 sur les sites des universités partenaires dont quatre se trouvent dans une situation géographique frontalière. La situation frontalière franco-allemande, franco-luxembourgeoise, germano-polonaise et germano-danoise est utilisée afin d’illustrer et d’approfondir les thèmes traités dans les ateliers.

Les frontières comme Border Complexities

Atelier, 5 et 6 décembre 2019
Université du Luxembourg, Esch-sur-Alzette

Plus de 40 chercheur.e.s issus du domaine des frontières ont accepté l’invitation de l’UniGR-Center for Border Studies à assister à un atelier international à l’Université du Luxembourg. L’évènement qui a eu lieu le 5 et 6 décembre 2019 s’est consacré à un développement encore récent dans la recherche sur les frontières et a inauguré toute une série d’ateliers Border Complexities qui s’étendront sur deux ans.

Le point de départ de ces travaux vient du constat que les frontières sont de moins en moins définies au moyen des séparations claires par une poignée d’acteurs ou déterminées en fonction de la lisière territoriale par les sociétés nationales. Dans la recherche avancée sur les frontières, ces dernières sont plutôt comprises comme étant le résultat et le point de cristallisation de formations sociales à multiples niveaux qui résultent de l’interaction de différents acteurs, d’activités, de corps, d’objets et de connaissances. De telles constellations relationnelles qui produisent des effets de stabilisation ou de déstabilisation des frontières ont été débattues par les participant.e.s comme Border Complexities. L’objectif a été de développer une compréhension partagée de la considération et de l’analyse plus complexes des frontières.

A cet effet, Christian Wille (Université du Luxembourg) a commencé la journée en présentant les tendances analytiques centrales dans le domaine des frontières et a travaillé sur l’identification des modalités d’un complexity shift. Chiara Brambilla (Université de Bergame) a approfondit la perspective de complexité tout en développant une réflexion fondamentale sur la notion de complexité, aussi bien que sur les concepts Borderscapes et Bordertextures. Anne-Laure Amilhat Szary (Université Grenoble Alpes) a ensuite abordé le potentiel du concept Borderités et a plaidé en faveur de l’application de méthodes immersives à côté d’une multiperspectivité accrue. Enfin, Dominik Gerst (Université Duisburg -Essen) a démontré, à l’exemple d’analyses, différentes formes de Border Complexities, a développé des principes analytiques appropriés et a alerté sur le risque d’un complexisme méthodologique dans la recherche sur les frontières.

Norbert Cyrus (Université européenne Viadrina) a entamé la deuxième journée avec des réflexions sur les frontières nationales comme arrangements complexes et a démontré comment des stimulations des théories de la complexité dans le domaine de la recherche sur les frontières peuvent être rendues productives. Astrid M. Fellner (Université de la Sarre) a ensuite donné un aperçu sur l’approche des complexités au moyen d’une analyse de la frontière entre les Etats-Unis et le Canada qui se repose sur la technique du Bordertexturing. Enfin, Cécile Chamayou-Kuhn (Université de Lorraine) a elle aussi illustré le potentiel d’une recherche sur les frontières orientée vers les complexités et ce, en liant et en faisant une déconstruction de perspectives juridiques et littéraires au moyen d’exemples tirés des écritures de migrant.e.s.

Cet atelier a réussi à élaborer encore plus la notion de complexité en lien avec des questions relatives à la recherche sur les frontières, à poser le regard sur des concepts orientés vers les complexités, il a permis de débattre sur des questions méthodologiques et de faire appel à la perspective des complexités pour une application pratique dans la recherche. L’évènement a montré que le travail sur les Border Complexities se trouve encore à ses débuts et qu’il a suscité des questions qu’il faudra systématiser et sur lesquelles il faudra travailler à l’avenir.

L’atelier inaugural a été financé par la Faculté des Sciences Humaines, des Sciences de l’Éducation et des Sciences Sociales​ (Université du Luxembourg), l’UniGR-Center for Border Studies (Université du Luxembourg) et l’Université de la Grande Région (Université du Luxembourg).

 

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Contact

Nicole Holzapfel-Mantin (nicole.holzapfel-mantin at uni.lu) et Christian Wille

 

Les logiques des des/ordre des Border Complexities

Atelier, 25 et 26 juin 2020
Europa-Universität Viadrina Frankfurt (Oder)

L’atelier rejoint la conception des complexités de frontière élaborée lors du premier atelier. Ici, les frontières sont sensées être considérées comme des formations procédurales et complexes en lien avec des ordres sociaux. Les frontières et les ordres doivent être pensés en même temps, étant donné que le processus de mise en frontière signifie la création d’un ordre ou aussi d’un désordre. En même temps, le rapport entre frontières et le des/ordre social est ambiguë, dans la mesure où les frontières représent le fondement d’un ordre socials, en même temps qu’elles en résultent. Les frontières stabilisent l’ordre, en même temps qu’elles le déplacent et le remettent en question. Lors de l’atelier, nous souhaitons examiner de près les processus imbriqués de la mise en ordre et de la mise en frontière.

En termes de contenus, nous élaborons les logiques de des/ordre en fonctions de trois questions principales qui structurent le programme de l’atelier.

  1. La question sur les constellations d’acteurs, les pratiques et les discours relatifs à la mise en frontière et les logiques et structures ordinaires de la mise en ordre qui leur sont liées.
  2. La question portant sur le rapport de tension complexe entre les différents ordres et leurs frontières.
  3. La question visant les espaces entre-deux ou les espaces liminaux des frontières et des ordres.

Pendant l’après-midi de la première journée d’atelier, nous nous pencherons, par le biais de quatre exposés, sur la question des constellations d’acteurs, les pratiques et les discours relatifs à la mise en frontière et les logiques et structures ordinaires de la mise en ordre qui leur sont liées. Ceci nous permet de comprendre dans quelle mesure les frontières et les ordres sont entremêlés et comment ils sont produits.

Lors de la matinée de la deuxième journée d’atelier, il sera question dans quatre exposés de l’analyse du rapport de tension complexe entre les différents ordres et leurs frontières. Ainsi, les frontières nationales et les ordres sont formés à partir d’un mélange de formations de frontières et d’ordres sociaux, culturels, juridiques, économiques, ainsi que basés sur la connaissance. En plus de l’État national avec ses frontières politiques territoriales, l’UE, voire même les ordres économiques transnationaux produisent des formations créatrices d’ordres qui peuvent s’opposer aux droits nationaux et ordres sociaux. Nous voulons analyser dans quelle mesure les ordres et leurs frontières se trouvent dans un rapport parallèle, voire se chevauchent et dans quelle mesure ils peuvent se renforcer ou s’affaiblir.

À la suite du déjeuner, nous nous pencherons, par le biais de quatre exposés, sur les espaces entre-deux ou les espaces liminaux qui résultent de contradictions et de conflits le long de différentes dynamiques de frontières et d’ordre et qui peuvent produire, en partie involontairement, le désordre, l’insécurité, mais aussi un nouvel ordre et de nouvelles frontières. Ainsi, les personnes voulant traverser une frontière sont souvent obligées à attendre ce qui rend la planification de leur propre avenir incertain (Il peut en découler des pratiques de résistance et de déplacement des frontières, qui peuvent, à leur tour, transformer l’ordre social).

Spatialités et réseaux des Border Complexities

Atelier, 26 et 27 novembre 2020
Université de Lorraine, Metz

L’objectif de cet atelier sera de considérer les frontières dans leur dimension spatiale, au croisement entre processus de matérialisation et de figuration dans l’expérience des frontières. Cela implique à la fois des questions de mobilité et d’obstacles à la mobilité, de paysages et d’imaginaires, de représentations et de lieux emblématiques. A ce titre, la problématique retenue croisera les points de vue des géographes, des historiens, des linguistes et des spécialistes d’études culturelles et littéraires. Les questionnements aborderont les dimensions à la fois individuelles et collectives des pratiques et des expériences. Le résultat attendu est une articulation entre expériences tangibles et concrètes d’une part, et des dimensions symboliques et esthétiques d’autre part. Un accent particulier sera porté sur les Humanités Numériques, en termes de méthodes et outils permettant de visualiser les mots, les textes et les signes de la frontière.

Temporalités et changement des Border Complexities

Atelier, 7 à 9 juin 2021
Organisé par l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris
Lieu de l’atelier : Villa Vigoni, Centre italo-allemand pour l’excellence européenne, Menaggio, Italie

Le quatrième atelier traite explicitement les raisons et l’évolution historique des Border Complexities et prévoit ainsi de donner au projet une certaine profondeur historique.

La recherche en matière de frontières émane en ce moment d’une trame chronologique qui peut être brièvement décrite comme suit : au Moyen-Âge et au début des Temps modernes, ce sont des frontières poreuses et peu marquées qui dominent et qui ressemblent plus à des bordures qu’à des lignes. Au 18e siècle, muée aussi par de nouvelles procédures de mise en frontière et de marquage des frontières (mesurage, cartographie), commence la formation de frontières linéaires, clairement marquées et matérialisées, qui se transformeront au 19e et au 20e siècle en une signature des États nationaux. Après cet essor des frontières s’en suit au temps présent, du moins dans le monde occidental, un démantèlement général des frontières, du moins, d’un point de vue matériel. Le fait que cette chronologie présente des défaillances se manifeste par le fait que même en occident globale, les frontières gagnent aujourd’hui une nouvelle importance.

L’objectif de l’atelier est de joindre des études historiques des Border Complexities aux perspectives contemporaines et d’arriver à un niveau de réflexion commun. Les débats seront divisés en deux parties : Pour commencer, quatre contributions issues des études historiques présenteront à titre d’exemple la transformation historique de différentes pratiques frontalières. Dans la deuxième partie, il sera question des traces de l’histoire retrouvées dans les situations frontalières contemporaines ainsi que de leur traitement.

Références

Christophe Duhamelle (2018): La frontière au village. Une identité catholique allemande au temps des Lumières. Paris.

Andreas Rutz (2018): Die Beschreibung des Raums. Territoriale Grenzziehungen im Heiligen Römischen Reich. Köln, Weimar, Wien, Böhlau.

Matérialités et corporalités des Border Complexities

Atelier, 2 et 3 décembre 2021
Europa-Universität Flensburg, Flensburg

Lors de l’atelier final, les matérialités et les corporalités des frontières figureront au premier plan.

Les Border Complexities se matérialisent par le biais de l’interaction performative de discours, activités, corps et de connaissances qui, à leur tour, peuvent être respectivement étudiés sous forme de matérialités. Ici, c’est l’imbrication de ces constituants qui parait être productive, étant donné qu’elle permet de repenser le matériel, le symbolique et le social dans un ensemble. Ainsi, les objets ne peuvent être considérés comme des participants muets ou passif dans la (de)stabilisation des frontières, mais comme des acteurs actifs et performatifs. Ils peuvent agir de façon disciplinante, tout comme provoquer des actes subversion. Également les corps peuvent être thématisés comme porteurs ou acteurs des (de)stabilisations des frontières. Par le biais des corps et des corporalités qui leur sont liés, l’on fait entrer en considération des phénomènes en rapport à des représentations médiatiques et à des pratiques de classification, mais aussi à des marqueurs phénotypiques, à des techniques de pouvoir biométrique ou à des traumatismes.

Plusieurs de ces aspects seront d’abord présentés pendant la première journée par le biais d’exposés illustrant les matérialités et les corporalités des Border Complexities dans la littérature et seront par la suite discutés en tant que compactages spatio-culturels. Pendant la deuxième journée, les exposés et débats seront dédiés aux matérialités et corporalités numériques des Border Complexities.